Bonjour Emilie, tu as rejoint l’école des jeunes de l’AAAHC depuis la rentrée. Quel est ton rôle exact ? 

Mon rôle est de donner des Clinics spécifiques 2 fois par mois à une équipe de jeunes. Depuis la rentrée, j’ai déjà vu passer 4 équipes et on a travaillé ensemble un aspect très offensif : quelle décision prendre quand on arrive dans le cercle.

Mon rôle à moi, c’est n’est pas de donner un entraînement classique mais d’aborder un point très pointu et le travailler dans le détail pour faire progresser les enfants.Emilie stage

On a par exemple travaillé très fort la prise de balle, pourquoi elle part à droite, pourquoi elle part à gauche, quand est-ce qu’il faut la mettre vers le cercle, quand est-ce qu’on va faire une prise de balle ouverte ou fermée.

J’essaye de les confronter, de faire de l’essai-erreur et de leur dire “voilà, est-ce que tu crois vraiment qu’en match tu as le temps de faire ceci ou cela…”

J’interviens de la même manière durant les stages du club.

 

 

Tu joues aujourd’hui au Waterloo Ducks avec qui tu as été championne de Belgique l’année dernière. Tu comptes également plus de 240 sélections en équipe nationale belge.

Peux-tu nous décrire un peu le parcours qui t’a amenée jusque-là ?

J’ai commencé à 5 ans à jouer au hockey.  Je viens d’une famille de hockeyeurs : ma maman jouait à Anderlecht et mon papa a joué à l’Amicale. On habitait juste en haut du Baudouin où j’ai joué au tennis et au hockey jusqu’à mes 14 ans. J’ai dû partir car il n’y avait pas toutes les catégories d’âge au Baudouin. Je suis donc partie jouer au Daring.

J’ai également joué au tennis pendant ces années-là. J’ai été reprise par la Fédération au niveau francophone et j’ai arrêté le haut niveau (j’ai été classée jusqu’à B0) car je ne savais pas combiner le tennis avec le hockey et je préfère les sports d’équipe.

Au Daring, je suis restée de mes 14 ans à mes 18 ans. C’est là que j’ai joué pour la 1ère fois en division Honneur. Après ça, je suis partie un an à la Rasante lors de mes études à l'université.

Ensuite j’ai joué à Uccle Sport de mes 19 ans à mes 27 ans. Et là on peut vraiment dire que j’ai vécu mes plus belles années de club parce qu’on avait vraiment une équipe de copines. On est malheureusement descendues en division 1 en 2011. Et comme en 2012 j’allais aux Jeux Olympiques je n’ai pas pu rester car les coachs de l’équipe nationale nous ont interdit de jouer en D1 l’année des Jeux Olympiques. J’ai donc dû aller jouer dans un autre club en DH.

J’ai ensuite joué 2 ans aux Dragons et 3 ans au Braxgata.

Cette année, j’entame ma 3ème année au Waterloo Ducks avec qui j’ai été championne de Belgique l'année dernière.

 

Pourquoi as-tu choisi l’Amicale pour t’investir auprès des jeunes ?

J’aime bien dire que je fais partie de ce que j’appelle le Hockey du Nord-Ouest de Bruxelles. Je connais particulièrement bien les clubs et c’est quand même une mentalité qui est différente par rapport au Sud. Il faut savoir que j’ai fait toute ma scolarité à Anderlecht à Bracops, où j’enseigne également depuis plus de 10 ans. J’étais déjà en contact avec Laurent Colemonts, dans le cadre des journées sportives de mon école à l’Amicale. Laurent m’a aussi énormément aidé pour un projet qui me tient à coeur et qui s’appelle Hockey2school   https://www.hockey.be/nl/categorie/lfh/hockey2school/

Je travaille depuis 2 ans à la Ligue Francophone de Hockey où je suis en charge du développement. Hockey2School a été conçu et mis en place avec Laurent.

Je savais que Laurent était intéressé par mon profil pour l’école des Jeunes, mais je n’ai pas beaucoup de temps dans ma vie. Je suis maman depuis bientôt 11 mois et je ne peux pas vraiment m’investir dans une prise en charge d’équipe et de coaching.

Il m’a donc proposé le principe de ces Clinics et j’ai directement accepté car c’est souple et cela correspondait à ce que je pouvais apporter aux enfants.

De plus, ça me tenait à coeur de le faire dans un club qui a de belles valeurs. Je me reconnais dans le club de l’Amicale qui, pour moi, ressemble un peu aux clubs de mon enfance. Il y a aussi une dimension sociale à l’Amicale qu’il n’y a pas forcément dans les autres clubs. La mixité sociale est quelque chose qui me tient fort à coeur.

logo H2S

 

Comment vois-tu la suite de ta carrière ? 

Au niveau équipe nationale, mon souhait est de pouvoir encore accrocher les prochains Jeux Olympiques.

J’ai eu la chance de participer  aux JO de Londres en 2012 et je voulais arrêter ma carrière internationale à 31 ans après les JO de Rio de 2016. Nous ne nous sommes malheureusement pas qualifiées :  après avoir mené contre la Corée, nous avons encaissé et ça a été la cata…

Je me suis alors retrouvée dans une situation pas facile à gérer en tant que fille. Je me sentais capable physiquement et au niveau de mon jeu de continuer jusqu’aux JO de Tokyo, mais j’avais aussi l’envie d’être maman. J’ai dû prendre ce risque et j’avais un peu peur de ça. Je risquais de faire une croix sur ma carrière internationale car je ne savais absolument pas comment j’allais pouvoir gérer ma grossesse. Mais quelle tristesse ça aurait été d’arrêter sur la pire déception de ma carrière sportive.

Je me suis donc lancée dans ce gros challenge : devenir maman tout en faisant mon possible pour revenir en équipe nationale. J’ai eu le plein soutien de ma famille et de mon compagnon.

Je me suis fait suivre pendant toute ma grossesse par un spécialiste qui s’occupe des sportives qui sont enceintes et j’ai continué le sport. La veille de mon accouchement j’étais encore en salle de fitness. 1 semaine après, je faisais déjà mes petits exercices, 2 semaines après, je commençais à courir, et 1 mois après j’étais de retour sur les terrains.

J’ai même été reprise pour essayer de me qualifier pour la coupe du Monde mais malheureusement, là c’était une tout petit peu juste, je n’avais eu qu’un seul mois d’entraînement et au niveau hockey et mental je n’étais pas encore assez revenue.

logo JO

 

Tu concilies travail, famille et sport de haut niveau. Cela ne doit pas toujours être simple. Comment t’organises-tu ?

C’est une organisation de fou, ça c’est clair !

On s’entraîne avec l’équipe Nationale lundi de 10h30 à 13h, le mardi, j’ai fitness de 14h à 15h30, le mercredi on s’entraîne de 11h à 14h, et le jeudi on s’entraîne toute la journée.

Et à ça, il faut rajouter les entraînements avec mon Club les mercredis et le vendredis soirs, ainsi qu’un 3/5ème de temps à la Ligue où je travaille.

J’ai dû prendre une pause carrière de 2 ans au niveau de mon école, jusqu’aux prochains JO.

 

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Encore jouer quelques années à haut niveau et une qualification pour les JO !

Le bébé, c’est déjà fait, donc, il reste les Jeux Olympiques, c’est clairement mon rêve.

Après j’espère faire encore quelques années en DH.

Coach ou entraîneur de hockey, pourquoi pas un jour, mais pas tout de suite. Quand tu as baigné dans le haut niveau, c’est ce qui t’attire et ce sont quand même des horaires un peu particuliers. J’aurais d’abord besoin d’avoir mes soirées, d’être un peu plus à l’aise. Mais c’est très probable que je recommencerai le coaching quand mon petit commencera à jouer au hockey.

 

Emilie équipe nationale